8 Miles

8 Miles c’est la limite imaginaire entre les noirs et les blancs ou entre ceux qui ont les moyens et ceux qui ne l’ont pas. C’est un peu caricatural, mais c’était assez vrai. Vous avez ceux qui vivent dans les 8 miles, et ceux qui vivent au delà des 8 miles. Entre ces deux pôles, une simple rue, un block qui fait tout basculer sitôt que vous le traverser. Mieux vaut ne pas vous aventurer au delà des 8 miles la nuit, ou vous signerez votre perte.

80% de la population est afro-américaine à Detroit. Mais si vous vous promenez downtown, les seuls noirs que vous verrez seront les SDF. Les fameux artistes, musiciens businessmen qui viennent redonner de l’élan à la ville sont blancs, désespéramment blancs. La ville est en train de se refaire une santé, sans pour autant changer quoi que ce soit à ce système.

Elle avait pourtant été prévenu et avait déjà trinqué lors d’impressionnantes émeutes en 1967, alors que les afro-américains venant du sud s’étaient insurgés contre ce système de « caste » et avaient provoqué les émeutes les plus sanglantes de toute l’histoire des Etats-Unis. Les blancs, effrayés, avaient alors migrés dans des suburbs. Encore aujourd’hui tous les gens qui ont de l’argent vivent autour de Detroit dans des banlieues chics et ne viennent en centre ville que pour travailler. Sitôt le boulot fini ils rentrent chez eux, et continuent d’être complètement effrayés par la ville. C’est assez impressionnant et assez triste de se dire que même à 10 minutes de Detroit, certains continuent de croire que la ville est toujours en ruines, incapable d’ouvrir les yeux et de se rendre compte de tous les efforts qui ont été fait ces dernières années.

Il y a beaucoup d’étudiants qui vivent à l’intérieur de Detroit, et j’imagine que c’est ce qui donne cette ambiance si festive, dynamique et artistique. L’université de Michigan est l’une des meilleures du pays, vous avez l’école de droit, de dentiste. Midtown est littéralement le quartier étudiant avec des dizaines de logements d’étudiants qui jalonnent le principal boulevard.

La ville a été déclarée en faillite le 18 juillet 2013. Bien sur, ceux qui l’ont payé le plus cher sont les afro-américains qui n’avaient pas les moyens de partir, et qui se sont retrouvés à vivre dans des taudis, parfois dans la rue. Cette pauvreté est un vrai problème. Je n’ai jamais vu autant de sans-abris de ma vie, et je ne connais pas ce qui a été mis en place pour eux, mais ça semble minime.  Les églises servent des repas gratuits, certaines associations sont venus s’implanter, mais pas de réel « gros plan de sauvetage » mis en place, alors que ça parait urgent.

Donc je dirais que l’énergie de la ville est extraordinaire et nécessaire mais parfois, mais il y a aussi ce petit côté agaçant ou la ville tend à fermer les yeux sur sa pauvreté pour s’enfermer dans son rêve « bobo ». Un exemple particulièrement horrible à mes yeux. L’ouverture d’un magasin chic de cuir et de vélo nommé Shanola complètement snob et inutile en plein Midtown alors que deux blocs plus loin il y a un parc rempli de sans abris, what’s the point??

Néanmoins certains projets artistiques tentent d’avoir une connotation sociale. C’est le cas du Heidelberg Project. Un ovni en la matière. Quatre pâtés de maisons réquisitionné dans un quartier défavorisé pour mettre en place une sorte de parc artistique constitué d’objets récupérés dans les maisons désertés, de vieilles portes de voitures trouvés dans l’ancienne usine Ford, de murs de maisons brûlés, l’ensemble étant représentatif d’un « ancien Detroit ». L’association organise des visites de son « parc » et des ateliers pour les enfants afin de les éveiller à l’art.

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