La passion Alcatel

J’ai réalisé que j’avais vu plus de choses intéressantes en deux semaines près de New York qu’en deux mois dans le sud des Etats-Unis et pourtant ça ne rend pas mon voyage plus éblouissant pour autant.

Car il me manque la célèbre ferveur américaine, cette générosité sans limite, cet accueil flamboyant que j’avais reçu trois années plus tôt dans le sud.

Ici personne n’a le temps de me parler vraiment et du coup je m’ennuie un peu. J’ai besoin de me sentir portée par les gens, c’est eux qui me donnent l’énergie dont j’ai besoin pour ouvrir les yeux, sortir de moi.

Mais vivre l’Amérique sans eux à mes côtés n’a pas vraiment d’intérêt. Je suis une touriste comme une autre, sans personnalité qu’on avale, et qu’on oubli quand au fin fond de l’Alabama j’étais Mathilde, la française à qui tout le monde voulait parler, et que tout le monde voulait recevoir.

Bien sur que New York est passionnante, bien sur que je trouve les musées d’art remarquables, les parcs délicieux, tous les différents quartiers étonnants, mais en réalité je me sens écrasée par la richesse qu’offre la ville, comme sous pression, quand dans le sud, dans ces régions rurales et sèches, il y régnait une inculture telle que cela me décomplexait, me rendait ma liberté, et me faisait vivre sans fard la pure expérience américaine.

Néanmoins, de temps en temps de fragiles états de grâce émergent, quand je passe un peu plus de temps avec Sharon, qu’elle m’amène en voiture visiter les environs, voir l’océan, manger des fruits de mer, faire du vélo. Et l’autre soir, d’émouvantes retrouvailles avec son ancien lieu de travail : la société Alcatel qui a fusionné avec Nokia, mettant donc une partie de ses entreprises en périls, et renvoyant gentiment chez eux des milliers d’employés, et parmi ses employés Sharon. Sharon qui maintenant proche de la retraite est obligée de travailler parfois 11 à 12heures par jour et qui a tout perdu de son capital retraite investi au sein d’Alcatel (car quand on aime son boulot, on fait tout par le biais de son boulot, y compris épargner) qui lui aurait assuré une rente agréable si seulement ses actions n’avaient pas monstrueusement chuté au moment de la dégringolade de la société.

Triste coup du sort n’est-ce-pas? D’autant plus triste que lorsque l’on revient sur place l’autre soir, cette société autrefois si prospère, accueillant même en son sein un centre médical et des studios de cinéma parait désormais un lieu fantôme complètement abandonné à son sort et peu à peu reconquis par la végétation. Un gardien tremblotant demeure à l’entrée faiblement éclairée et ne semble pas rassuré par notre venue, interdiction de prendre des photos ou même de monter à l’étage, mais qu’est-ce-qui peut bien se tramer ici? On n’en saura pas plus si ce n’est qu’une mystérieuse réunion se tient au rez de chaussée, et qu’il est question d’en faire un hôtel. J’y verrais bien une sorte de grand budapest quand Sharon est effondrée qu’on touche ne serait-ce qu’un cheveux à l’objet de son culte. L’entreprise aux Etats-Unis, c’est toute une religion.

Ci dessous un aperçu de Keyport, New Jersey ou il fait bon vivre

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